Les mesures de restrictions et leur (in)efficacité en Europe

Suite à plusieurs révélations sur l’inefficacité du confinement en France, il m’a semblé intéressant de comparer les différentes mesures de restrictions des pays d’Europe de l’ouest et leur impact sur l’épidémie de covid.

Nous avons tous entendu que le confinement a permis de mettre un frein à l’épidémie au printemps, même l’Imperial College London s’est fendu d’une étude prouvant les bienfaits des confinements et des restrictions en Europe (source).
Ce n’est toutefois guère surprenant puisque c’est la même université dans laquelle travail Neil Ferguson, celui qui avait déjà prédit une hécatombe en l’absence de restrictions strictes (source).

Pourtant, des voix divergentes se sont récemment faites entendre chiffres à l’appui pour contester ces affirmations.
Le 17 novembre, sur LCI, des informations contredisaient la nécessité du confinement en indiquant que la baisse de l’épidémie était amorcée avant même le couvre-feu (source).
Le 19 novembre, le Pr Toussaint, ainsi que d’autres scientifiques, publiaient une étude démontrant que l’épidémie ne faisait que peu de cas des restrictions mises en place par les états (source).
Enfin, le 21 novembre, le Pr Didier Raoult indiquait que le confinement était intervenu “au début de la chute brutale du nombre de cas”. Ce qui prouvait donc qu’il n’en était pas la cause.


Pour étudier le potentiel impact du confinement en France, il semble pertinent de s’intéresser également aux pays voisins en Europe de l’ouest.
Nous allons ici nous intéresser à 10 pays d’Europe: Allemagne, Angleterre, Belgique, Danemark, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Suède et Suisse.
La Suède n’est évidemment pas un voisin de la France, mais son choix de limiter au maximum les restrictions rend sa comparaison digne d’intérêt.

Pour étudier la crise épidémique du printemps, la période d’analyse s’étendra du 1er mars au 1er juillet.

Il est intéressant tout d’abord de constater que les courbes d’incidences du nombre de cas de covid et de mortalité suivent une temporalité particulièrement similaire pour ces 10 pays.

Les courbes sont pondérées en nombre de cas par millions d’habitants (source).
Les courbes sont pondérées en nombre de morts par millions d’habitants (source).

Malgré la similitude dans la temporalité de l’épidémie aux travers de ces 10 pays, il est intéressant de noter que seul 5 d’entre eux ont adopté un confinement strict.
On peut également remarquer que ce sont les 5 pays qui tiennent le haut du précédent graphique. Étant donné que ces courbes sont pondérées, cela signifie également que les 5 pays qui ont eu la mortalité la plus forte sont les 5 qui ont adopté un confinement strict !

Si on peut constater que l’épidémie semble clairement avoir frappé l’Europe au même moment, sans se préoccuper des choix politiques de chaque pays, il est néanmoins intéressant d’étudier plus précisément quelles restrictions ont été décidées par quels pays et quand.

Pour les moins patients, vous pouvez aller directement à la conclusion et passer les détails de chaque pays.

En France, officiellement, “le confinement est mis en œuvre pour limiter fortement la circulation du virus” (source).
Ce faisant, le confinement devrait donc avoir pour effet de réduire le nombre de cas positif, et mécaniquement le nombre de décès liés au virus.

Le temps d’incubation est habituellement de 3 à 5 jours (source). On considéra donc qu’un délai d’une semaine est une estimation correcte pour voir la baisse des contaminations.

Quand à la mortalité, on considérera un délai de 3 à 4 semaines entre la contamination et le décès (source).

En d’autres termes, si les mesures de restrictions sont efficaces, elles devraient avoir un effet visible sur les contaminations dans les 7 jours et sur la mortalité dans les 3-4 semaines.

D’autre part, une analyse de l’ensemble des courbes a permis de déterminer un schéma récurrent de 22.5 jours en moyenne entre le début de l’explosion de décès et le pic de mortalité de l’épidémie dans chaque pays.

Avec ces éléments d’analyse, il est temps de regarder concrètement les courbes individuelles de chaque pays.
En commençant par les pays qui ont adopté un confinement strict.

Les courbes de nombre de cas positifs ont été ajoutées pour avoir un élément de comparaison avec les courbes de décès en terme de temporalité.
Toutefois, l’échelle verticale s’applique uniquement à la mortalité.
  • Angleterre

L’Angleterre a adopté un confinement strict le 24 mars. Au même moment la courbe de mortalité amorçait une net montée.
Le pic de mortalité a été atteint le 15 avril, 22 jours après le confinement.
Au 1er juillet, la mortalité du virus avait atteint 65.90 pour 100 000 habitants (source).

De ces courbes on peut déduire 2 informations intéressantes.
Le confinement ne semble avoir eu aucun effet après 7 jours sur les contaminations.
En revanche, dans un délai de 3 à 4 semaines, la mortalité a chuté.

  • Belgique

La Belgique a adopté un confinement strict le 18 mars. Au même moment la courbe de mortalité amorçait sa montée.
Le pic de mortalité a été atteint le 14 avril, 27 jours après le confinement.
Au 1er juillet, la mortalité du virus avait atteint 85.33 pour 100 000 habitants (source).

Si le pic de mortalité arrive peu après le délai de 3-4 semaines, on pourrait considérer tout de même que ce pourrait être l’effet de confinement.
Toutefois, on voit clairement une augmentation du nombre de cas positif 7 jours après le confinement.

  • Espagne

L’Espagne a adopté un confinement strict le 15 mars. Très peu de temps après l’augmentation de la mortalité.
Le pic de mortalité a été atteint le 4 avril, 20 jours après le confinement.
Au 1er juillet, la mortalité du virus avait atteint 60.69 pour 100 000 habitants (source).

Le pic de mortalité a été atteint dans un délai de 3 semaines.
Le nombre de cas semble toutefois ne pas avoir été affecté par le confinement.

  • France

La France a adopté un confinement strict le 17 mars. Quelques jours avant l’augmentation de la mortalité.
Le pic de mortalité a été atteint le 10 avril, 24 jours après le confinement.
Au 1er juillet, la mortalité du virus avait atteint 44.55 pour 100 000 habitants (source).

De manière similaire à la Belgique, 7 jours après le confinement on constate une nette augmentation du nombre de cas, plutôt que l’inverse qui était attendu.
Le pic de mortalité correspond au délai de 3-4 semaines et semble cohérent avec un effet attendu du confinement.

  • Italie

L’Italie a adopté un confinement strict le 10 mars. Quelques jours après l’augmentation de la mortalité.
Le pic de mortalité a été atteint le 4 avril, 25 jours après le confinement.
Au 1er juillet, la mortalité du virus avait atteint 57.53 pour 100 000 habitants (source).

Là encore, la mortalité semble décroître dans le délais attendu de 3 à 4 semaines après le confinement.
Et, là encore, le nombre de cas positif ne semble pas être affecté par le confinement.

Que peut-on conclure de ces 5 pays qui ont choisi de confiner leur population pour endiguer la propagation du virus ?

  • La mortalité semble avoir atteint son pic dans un délai de 3 à 4 semaines après les confinements, telle qu’escomptée.
  • Les confinements n’ont pas réduit les contaminations, pour certains pays il semblerait même que ce soit l’inverse qui ce soit produit !
  • Puisque c’est la mortalité qui est véritablement importante, on pourrait conclure que les confinements ont effectivement permis de vaincre le virus.

Il convient toutefois d’attirer l’attention sur un détail important, un délai de 3 à 4 semaines devrait être observé entre les contaminations et les décès. Pourtant, l’écart entre les cas positifs et les décès n’est objectivement pas de 3 à 4 semaines.

La question qui est importante de se poser désormais est que se serait-il passé si ces pays n’avaient pas choisi de confiner leur population ?
Aurions-nous observé une progression constante sans chute de mortalité dans les 4 semaines qui suivaient ?
Pour le savoir, il est intéressant d’observer ce qui s’est passé dans les pays voisins, qui n’ont pas choisi d’avoir recours à un confinement strict de leur population.


  • Allemagne

L’Allemagne n’a pas confiné l’ensemble de sa population comme les pays précédents.

L’Allemagne a seulement décidé d’adopter des restrictions visant à réduire la circulation du virus.

  • Le 17 mars, le pays ferme les lieux sportifs et de loisir.
    Ordonne la fermeture des restaurants après 15h.
    Les commerces non-essentiels sont également fermés
  • Le 22 mars, l’Allemagne interdit les rassemblements publics.
    Les restaurants et services sont fermés.
  • De plus, la Saxe rejoint la Bavière et la Sare (depuis le 20 mars) dans un confinement strict à l’image de la France. Ces 3 états représentent toutefois seulement 20% de la population allemande.

L’interdiction des rassemblements publics et les confinements dans 3 états sont intervenus au moment où la mortalité commençait sont ascension.
Le pic de mortalité a été atteint le 20 avril, 29 jours après les dernières restrictions.
Au 1er juillet, la mortalité du virus avait atteint 10.84 pour 100 000 habitants (source).

Sur les contaminations, les restrictions ne semblent pas avoir eu d’impact visible.
En terme de mortalité, on décèle un léger décrochage 3 semaines après les dernières restrictions, mais qui sera de courte durée.

  • Danemark

Le Danemark ferme ses établissements publics non-essentiels le 13 mars et conseille aux entreprises privées de faire de même si possible.
De même que les établissements scolaires, les bibliothèques et gymnases.
Les rassemblements publics sont également limité à 100 personnes.

Les restrictions seront mises en placent presque une semaine avant l’augmentation de la mortalité.
Le pic de mortalité a été atteint le 9 avril, 27 jours après les restrictions.
Au 1er juillet, la mortalité du virus avait atteint 10.44 pour 100 000 habitants (source).

Les restrictions semblent clairement avoir impacté les contaminations dans un premier temps. Mais les contaminations repartirons à la hausse néanmoins.
Le pic de mortalité arrive après le délai de 4 semaines. Mais 3 semaines après le début de la montée de la courbe.

  • Pays-Bas

Les Pays-Bas ferment toutes leurs écoles, garderies, bars, restaurants, clubs de sports, maisons closes et coffee shops le 15 mars et limite les rassemblements à 100 personnes.

Les restrictions prennent effet peu avant l’augmentation de la mortalité.
Le pic de mortalité a été atteint le 9 avril, 23 jours après les restrictions.
Au 1er juillet, la mortalité du virus avait atteint 35.39 pour 100 000 habitants (source).

L’impact à 7 jours des restrictions est négligeable sur les contaminations.
Tandis que la mortalité semble être affectée après 4 semaines.

  • Suisse

La suisse décidera de fermer ses commerces non-essentiels le 17 mars et limitera les rassemblements publics à 100 personnes, puis 5 personnes quelques jours plus tard.

Les restrictions sont mises en place peu après la montée de la courbe de mortalité.
Le pic de mortalité a été atteint le 9 avril, 23 jours après les restrictions.
Au 1er juillet, la mortalité du virus avait atteint 23.05 pour 100 000 habitants (source).

Là encore, les restrictions ont montré un effet faible sur les contaminations après 7 jours.
Le pic de mortalité arrive après 3 à 4 semaines comme espéré.

Que pouvons nous conclure de ces 4 pays qui ont fait le choix de restrictions moins sévères qu’un confinement strict de la population ?

Tout d’abord, il faut bien faire la distinction, l’Angleterre, la Belgique, l’Espagne, la France et l’Italie ont eu recours à un confinement strict avec une population interdite de sortie sauf conditions.
Alors que l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et la Suisse ont fermé leurs commerces et interdit les rassemblements mais pas enfermé leur population. Ce qui pouvait donc occasionner encore des contaminations.

  • On constate que pour ces 4 pays, les mesures de restrictions n’ont pas permis de limiter les contaminations après 7 jours. Pas plus que les pays qui avaient choisi un confinement strict.
  • À l’exception du Danemark, les restrictions semblent avoir eu l’effet escompté sur la mortalité après 3 à 4 semaines.
    La différence avec le Danemark est que les restrictions ont été mises en place presque une semaine avant la montée de la courbe de mortalité.

À l’exception de l’Allemagne, comme pour les pays ayant choisi le confinement, on ne distingue pas de délai de 3 à 4 semaines entre les contaminations et les décès.

En revanche, on retrouve une persistance de ce délai de 22.5 jours environ entre le début de la flambée des décès et le pic de mortalité.

A partir de là, 2 constatations sont évidentes:

  • Entre un confinement strict et des restrictions moins contraignantes, on ne constate aucune différence significative sur l’incidence des courbes de cas et de mortalité.
    Un confinement strict ne montre donc pas de bénéfice particulier.
  • Mais on constate également que les 5 pays qui ont choisi le confinement strict ont un taux de mortalité moyen de 66.8 pour 100 000 habitants.
    Tandis que ceux qui ont choisi des restrictions moins contraignantes ont un taux de mortalité moyen de 19.9 pour 100 000 habitants.
    C’est donc un taux de mortalité 3 fois moins élevé pour les pays qui n’ont pas eu recours à un confinement strict !

Il reste toutefois le cas particulier de la Suède, qui pourrait trancher le débat, puisque c’est le seul pays d’Europe de l’ouest qui n’a ni confiné sa population, ni fermé ses commerces.

Les informations officielles sont difficiles à trouver, hormis de la part de journaux qui ne citent pas leur sources… On considérera les informations disponibles sur la page française wikipedia.

La suède a décidé le 11 mars de limiter les rassemblements à 500 personnes. Puis à 50 le 27 mars.
Le 18 mars, les lycées et universités sont fermés également.
Enfin, le 27 mars, les visites en maison de retraites seront interdites.

Il n’y a eu aucun confinement strict, ni fermeture de commerces.

Les restrictions sont mises en place en 3 temps, avant, pendant et après l’augmentation de la mortalité.
Le pic de mortalité a été atteint le 18 avril, 38 jours après les premières restrictions et 22 après les dernières.
Au 1er juillet, la mortalité du virus avait atteint 52.37 pour 100 000 habitants (source).

De manière intéressante, la Suède est le seul pays pour lequel les mesures semblent avoir eu un impact certain sur la transmission du virus.
Les premières mesures de restrictions de rassemblement ont un effet évident avec la courbe marquant un plateau 7 jours plus tard.
Les secondes, le 27 mars, ont également un effet visible sur les contaminations.

La mortalité en revanche ne semble affectée que par l’interdiction des visites en EHPAD.

On remarque évidemment une remontée du nombre de cas en juin, après un plateau. Comme on peut l’apercevoir sur le premier graphique de cet article, le nombre de cas amorcera toutefois une chute brutale dès le début du mois de juillet.
Cette augmentation du nombre de cas n’est toutefois pas accompagnée d’une hausse de la mortalité.

Un point toutefois important à considérer est que la Suède, n’imposant que très peu de restrictions contraignantes a en revanche beaucoup communiqué sur les risques et les mesures à prendre en responsabilisant sa population plutôt que la contraindre.


Que pouvons-nous conclure de cette analyse de 10 pays européens ?

Il est important de rappeler que “le confinement est mis en œuvre pour limiter fortement la circulation du virus”.
Et qu’en l’absence de confinement, les pays d’Europe auraient eu des centaines de milliers de morts.

L’étude des courbes nous montre pourtant les points suivants:
Concernant le nombre de cas:

  • De manière générale, les mesures de confinements ou les restrictions moins contraignantes n’ont pas eu d’effets visibles sur les contaminations.
    Même lorsque des effets on pu être aperçus, ils ont été de courte durée.
  • En ce qui concerne la France et la Belgique, le confinement semble même avoir augmenté le nombre de contaminations.
  • La Suède est le seul pays pour lequel les mesures de restrictions, bien que réduites, semble avoir affecté les contaminations. Pour une durée limitée toutefois.

Concernant les décès:

  • Lorsque les confinements ou mesures de restrictions ont été mis en place au moment de l’explosion de la mortalité, le pic de mortalité a été atteint après 3 à 4 semaines.
  • Mais le Danemark et la Suède qui n’ont pas aligné leurs décisions sur l’augmentation de la mortalité n’ont pas eu un pic après 3 à 4 semaines.
  • Pour les 10 pays, le pic de mortalité a été atteint environ 3 à 4 semaines après le début de la montée de la courbe.
    Cela laisse penser que le pic de mortalité intervient toujours au même moment, indépendamment des mesures prises.
  • Les pays ayant choisi un confinement strict ont une mortalité 3 fois plus importante que leurs voisins qui n’ont pas confiné !

Conclusion:

Que les pays aient choisi un confinement strict ou des restrictions moins contraignantes, voir presque aucune, on ne constate aucune différence significative visible sur les courbes de contaminations ou de mortalités liées au virus.

Toutefois les confinements stricts semblent responsables d’une augmentation substantielle de la mortalité.

Le virus semble simplement ne faire aucun cas de quelconques mesures prises pas les différents pays.
la courbe des décès pour ces 10 pays nous montre d’ailleurs parfaitement que le virus a suivi sa courbe en cloche, dont les épidémiologistes n’ont de cesse de parler, sans se soucier des restrictions imposées à la population.

Tout porte à croire que la nature est de toute manière bien plus forte que les humains, quoi qu’on tente de faire pour lui barrer la route.

Mais si les mesures de restrictions et les confinements n’auront pas permis de ralentir la course de l’épidémie, il est certain qu’ils auront mis un coup fatal à nos sociétés dont on ne se relèvera pas de si tôt.

Cela pose une question des plus importantes en ces temps de second confinement, si ça n’avait manifestement pas fonctionné la première fois mais fait autant de dégâts à notre société, pourquoi recommencer une seconde fois !?

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